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RAM chinoise : la DDR5 24 Go peut-elle casser les prix ?

Gloway et KingBank lancent des kits DDR5 24 Go en puces chinoises. De quoi enrayer la flambée des prix de la RAM ? Mon analyse à froid.

RAM chinoise : la DDR5 24 Go peut-elle casser les prix ?

Je fais tourner un kit DDR5-6000 CL36 au quotidien, et comme tout le monde qui suit le marché, j'ai vu les prix de la RAM partir en vrille cette année. Alors quand deux marques chinoises annoncent des kits montés sur des puces « maison », forcément, ça attire mon attention.

La nouvelle est réelle : Gloway et KingBank lancent des kits DDR5 en barrettes de 24 Go basées sur des puces 24 Gb produites en Chine. Sur le papier, c'est une bouffée d'air pour un marché étranglé par trois fabricants. Dans les faits, et pour un acheteur en France aujourd'hui, ça ne fera pas baisser ta facture cette année. Je t'explique pourquoi.

Mise à jour du 11 août 2026 — L'hypothèse centrale de cet article vient d'être testée en conditions réelles, et elle tient. Lexar a listé le premier kit grand public monté sur de la DRAM chinoise à haute fréquence : il se vend au prix des marques établies, sans le moindre rabais. Dans le même temps, ces puces ont franchi la barre des 8 800 MT/s en overclocking et CXMT est entrée en bourse avec une valorisation supérieure à celle d'Intel. Trois nouvelles sections ci-dessous détaillent ces points. Le raisonnement d'origine — la mémoire chinoise ne fera pas baisser ta facture — n'a pas changé, mais j'en comprends mieux la raison structurelle.

Mise à jour du 7 juillet 2026 — Le premier des deux signaux que je surveillais dans cet article est arrivé : MSI a validé la DDR5 à puces CXMT jusqu'à 8 200 MT/s sur ses cartes mères AM5, via un BIOS beta testé sur des kits retail KingBank et Lexar — précisément les marques dont je parle plus bas. Dans la même semaine, des SSD du chinois YMTC sont apparus dans des laptops Lenovo vendus mondialement. Mon analyse complète de ces deux validations est ici.

Ce qui vient d'être annoncé

Gloway et KingBank ont présenté des kits DDR5 UDIMM utilisant des puces de 24 Gb (3 Go), assemblées en huit dies pour atteindre 24 Go par barrette — soit des kits de 48 Go avec deux modules. Le kit Gloway est donné pour du DDR5-6000 CL36, en 1,25 V, et taillé pour les plateformes AMD. La marque utilisait auparavant de la mémoire SK Hynix sur ses kits 48 Go ; elle bascule maintenant sur des puces domestiques. KingBank suit avec sa série Star Blade RGB.

Un détail qui compte : VideoCardz, qui a relayé l'info, ne nommait pas le fabricant des puces. Depuis, Tom's Hardware et d'autres sources spécialisées les attribuent à CXMT — même si les constructeurs n'ont pas tous communiqué officiellement, modèle par modèle. À retenir comme très probable, donc, plutôt que comme certitude gravée.

CXMT, le vrai sujet derrière

Que ces kits précis embarquent du CXMT ou non, c'est bien cette entreprise qui change la donne. CXMT (ChangXin Memory Technologies, basée à Hefei) est le principal fabricant de DRAM chinois. Il produit de la DDR5 jusqu'à 8000 MT/s en densités de 16 et 24 Gb, sur un procédé 16 nm en gravure DUV — faute d'accès aux machines EUV à cause des restrictions américaines. Il reste en retrait technologique sur les leaders, surtout sur les densités les plus élevées (24 Gb contre 32 Gb chez Samsung, SK Hynix et Micron) et certains procédés avancés. Plusieurs sources situent ce retard autour de trois ans — mais c'est une estimation, pas un chiffre gravé.

Le point intéressant pour nous : ces puces arrivent déjà en Occident sans qu'on le sache. Corsair a déjà été aperçu avec des Vengeance DDR5 embarquant de la DRAM CXMT, sur certaines références surtout destinées au marché chinois — ce n'est donc pas toute la gamme. Dell et HP qualifient de la mémoire CXMT pour leurs machines, ASUS et Acer explorent la piste. Autrement dit, tu fais peut-être déjà tourner du silicium chinois sans l'avoir choisi.

Où en est CXMT aujourd'hui

Section ajoutée le 11 août 2026.

Depuis la première version de cet article, l'entreprise a franchi une étape qui change son statut. Son introduction en bourse de juillet a levé 8,6 milliards de dollars. L'action a bondi de 466 % le premier jour, portant la capitalisation à environ 485 milliards de dollars — davantage qu'Intel, valorisé autour de 464 milliards. CXMT est devenue la société la plus valorisée du marché continental chinois.

Côté parts de marché, les chiffres de Counterpoint pour le deuxième trimestre 2026 donnent la mesure exacte, et ils sont plus modestes que la valorisation ne le laisse croire : CXMT capte 7 % du chiffre d'affaires mondial de la DRAM, en quatrième position. Samsung reste en tête avec 39 %, devant SK Hynix à 26 % et Micron à 25 %. La croissance, elle, est spectaculaire — 716 % sur un an, le fournisseur qui progresse le plus vite du secteur.

L'entreprise exploite trois usines de 300 mm, deux près de Hefei et une dans le district de Yizhuang à Pékin, pour une capacité d'environ 300 000 plaquettes par mois. Reuters rapporte qu'elle envisage une sixième usine, à Yizhuang également, en plus de celles en construction près de Shanghai et de Hefei. Si tous ces projets aboutissent, la capacité dépasserait 600 000 plaquettes mensuelles — soit un doublement.

Attention aux projections qui circulent, elles sont mal attribuées. Les « 30 % de part de marché d'ici 2030 » qu'on lit un peu partout ne sont pas un objectif annoncé par CXMT : c'est une estimation du banquier d'affaires Dan Niles, et elle porte sur la Chine dans son ensemble, pas sur CXMT seul. Nomura, de son côté, table sur 18 % de part mondiale pour CXMT en 2028. Ce sont des projections d'analystes, pas des engagements industriels.

Le handicap de fond n'a pas disparu pour autant. Sans machines EUV, CXMT a besoin d'environ 30 % de plaquettes en plus que ses concurrents pour produire la même quantité de mémoire. Et sur la mémoire à haute bande passante destinée à l'IA, Counterpoint situe l'entreprise une à deux générations derrière, avec une production visée pour la fin 2026 sur des standards que les autres ont déjà dépassés.

Le rattrapage technique s'accélère

Section ajoutée le 11 août 2026.

En juillet, je notais que MSI validait ces puces à 8 200 MT/s. Un mois plus tard, la barre est à 8 800.

Lors d'une démonstration d'overclocking organisée par Colorful, des kits iGame Shadow II montés sur puces CXMT ont atteint DDR5-8812 en configuration 32 Go et DDR5-8817 en 48 Go, sur une carte mère AMD X870E à deux emplacements conçue pour l'overclocking mémoire. Pour situer la progression : ces mêmes puces plafonnaient autour de 6 000 MT/s il y a quelques mois, puis 8 600 en juillet sur une configuration Ryzen 9 9950X3D.

Le détail qui impressionne les spécialistes n'est pas la fréquence brute mais le format. Le record a été obtenu sur des modules de 16 Go — nettement plus difficiles à pousser haut que les modules de 24 Go, qui équipent la quasi-totalité des kits DDR5-8600 et au-delà du commerce, généralement construits sur des puces SK Hynix M-die. C'est précisément le terrain où j'écrivais plus haut que CXMT était en retrait.

Trois réserves que je tiens à poser clairement.

Ce sont des résultats de démonstration, pas des spécifications commerciales. CXMT annonce officiellement ses puces jusqu'à 8 000 Mbps ; tout ce qui dépasse relève de l'overclocking, avec la variabilité entre lots que ça implique.

Tom's Hardware relève un problème de transparence : les captures fournies par Colorful étaient trop floues pour lire les timings et la tension appliquée. Impossible donc de savoir si ces puces tiennent la comparaison sur la latence, seulement qu'elles atteignent la fréquence. À titre de repère, les kits DDR5-8800 du commerce tournent généralement autour de 42-55-55-140 sous 1,45 V.

Enfin, l'essentiel du bond récent vient moins du silicium que du firmware. MSI annonce un fonctionnement stable au-delà de DDR5-8000 sur ses cartes Z890, après avoir fait sauter le plafond de DDR5-6800 côté AMD. Gigabyte a ajouté la prise en charge des puces CXMT de 16 et 24 Gb sur ses cartes AMD et Intel. Les puces n'ont pas changé ; les cartes mères ont appris à les lire.

Le test grandeur nature : le kit Lexar

Section ajoutée le 11 août 2026.

Voilà le fait qui tranche la question posée par cet article, et il est arrivé début août.

Lexar a listé un kit THOR RGB DDR5 Gen 2 de 32 Go, en deux modules de 16 Go, cadencé à DDR5-7200 avec des timings 38-48-48-86 sous 1,40 V, compatible XMP 3.0 et EXPO. Prix affiché sur JD.com : 3 999 yuans, soit environ 592 dollars ou 513 euros avant taxes locales.

Le même jour, Tom's Hardware a relevé les prix des kits 32 Go DDR5-7200 de G.Skill, Corsair et Kingston sur le marché américain : entre 585 et 700 dollars.

Le kit à mémoire chinoise se place donc au même niveau que les marques établies, très légèrement sous le haut de la fourchette. Pas d'effondrement des prix. Pas même de rabais significatif.

Mon interprétation, et je l'étiquette comme telle : j'écrivais en juin que rien ne garantissait que l'économie arrive jusqu'à l'acheteur. Le kit Lexar montre que le problème est plus profond que ça. On attendait de CXMT qu'il joue le troisième larron qui casse le marché — c'était une erreur de raisonnement. Quand la demande dépasse l'offre à ce point, et que chaque plaquette de silicium peut être vendue à un centre de données au prix fort, un nouvel entrant n'a aucun intérêt à casser les prix. Il vend au prix du marché et empoche la marge. Un fournisseur supplémentaire ajoute du volume, pas de la concurrence tarifaire.

Deux précisions honnêtes. Lexar ne confirme nulle part utiliser des puces CXMT : la mention officielle parle de « DRAM produite localement, sélectionnée », sans nommer le fabricant. VideoCardz le souligne explicitement. L'attribution à CXMT est une hypothèse de presse cohérente, pas un fait établi. Et ce kit est vendu exclusivement en Chine, sans disponibilité internationale annoncée.

Est-ce que ça va faire baisser ma facture ? Pas tout de suite

Honnêtement, non, pas à court terme, et surtout pas en France. Trois raisons.

D'abord, rien ne garantit que l'économie arrive jusqu'à toi — et on en a désormais la démonstration chiffrée avec le kit Lexar, vendu au prix des marques établies alors qu'il est censé coûter moins cher à produire. Tom's Hardware le soulignait déjà pour Corsair : un assembleur peut s'approvisionner moins cher chez CXMT et continuer à vendre au prix fort tant que la pénurie tient.

Ensuite, la capacité chinoise est loin de pouvoir « noyer » le marché mondial. Même en doublant sa production, CXMT resterait derrière chacun des trois grands. C'est un contre-pouvoir naissant, pas un raz-de-marée.

Enfin, ces kits Gloway, KingBank et Lexar ne sont pas sur les étagères de LDLC ou Materiel.net. Les trouver, c'est passer par l'import gris — avec les risques que ça implique, alors que de faux modules DDR5 circulent déjà sur les marketplaces. Pour quelques euros grattés, je ne prendrais pas ce pari.

Mon verdict

À mon avis, c'est la meilleure nouvelle pour le marché de la RAM depuis le début de la flambée — mais c'est une nouvelle de fond, pas un soulagement immédiat. Le vrai mérite de CXMT, c'est de rappeler aux trois fabricants qu'un oligopole qui réduit sa production de DDR grand public pour réorienter ses capacités vers les segments les plus rentables — la mémoire pour l'IA et les datacenters — finit par fabriquer ses propres concurrents.

Ce que j'ai appris depuis juin, en revanche, c'est que je surveillais le mauvais indicateur. J'écrivais qu'il fallait guetter l'arrivée officielle de kits CXMT en France. Le kit Lexar montre que même quand ils arriveront, ils s'aligneront sur les prix du marché plutôt que de les casser. Le levier qui fera baisser les tarifs n'est pas un fournisseur de plus — c'est un ralentissement de la demande des centres de données.

Pour ma part, si je montais une machine aujourd'hui, je n'attendrais pas. J'achèterais sur ce qui est disponible, maintenant. Attendre la RAM chinoise, c'est attendre un événement qui n'aura pas l'effet qu'on lui prête.

→ Voir aussi : Les prix de la RAM vont doubler d'ici fin 2026 : faut-il acheter maintenant ?

→ Voir aussi : MSI et Lenovo valident la mémoire chinoise

→ Voir aussi : AMD EXPO ULL : ce que ça change vraiment pour ta DDR5

→ Voir aussi : Nvidia et SK Hynix scellent un accord mémoire pluriannuel

FAQ

C'est quoi CXMT ?

CXMT (ChangXin Memory Technologies) est le principal fabricant de mémoire DRAM de Chine, basé à Hefei. Il produit de la DDR5 et de la LPDDR5X jusqu'à 8000 MT/s, mais reste environ une génération derrière Samsung, SK Hynix et Micron, faute d'accès aux machines de gravure les plus avancées. Entrée en bourse en juillet 2026, l'entreprise pèse aujourd'hui environ 7 % du chiffre d'affaires mondial de la DRAM, en quatrième position.

La mémoire chinoise est-elle moins chère que la mémoire coréenne ou américaine ?

Non, en tout cas pas aujourd'hui. Le kit Lexar THOR RGB de 32 Go en DDR5-7200 se vend 3 999 yuans en Chine, soit environ 513 euros avant taxes. Sur la même période, les kits équivalents de G.Skill, Corsair et Kingston se situaient entre 585 et 700 dollars aux États-Unis. L'écart, quand il existe, ne dépasse pas celui entre deux marques établies.

La RAM chinoise est-elle fiable pour le gaming ?

Sur le papier, oui : les spécifications annoncées sont compatibles avec les standards DDR5 actuels, et ces puces tournent déjà dans des produits commerciaux, à des fréquences correctes (DDR5-6000 et au-delà). En pratique, on manque encore de tests indépendants sérieux sur la marge d'overclocking et la durée de vie. Pour du jeu et de la bureautique, ça paraît suffisant ; pour pousser les timings, je resterais prudent tant qu'il n'y a pas de retours fiables.

Les puces CXMT sont-elles aussi performantes que celles de SK Hynix ?

Sur la fréquence pure, elles s'en approchent : une démonstration d'overclocking a atteint 8 812 MT/s sur plateforme AMD X870E, un niveau jusque-là réservé aux meilleures puces SK Hynix. Mais ce sont des résultats de démonstration, pas des spécifications commerciales, et les timings appliqués n'ont pas été communiqués de façon lisible — ce qui empêche toute comparaison sur la latence.

Je peux acheter ces kits Gloway, KingBank ou Lexar en France ?

Difficilement. Ces kits visent le marché chinois et aucun fabricant n'a annoncé de distribution internationale. En revanche, tu utilises peut-être déjà des puces CXMT sans le savoir, via certains kits Corsair Vengeance ou des PC de marque (Dell, HP).

Est-ce que ça va faire baisser les prix de la DDR5 ?

Rien ne l'indique pour l'instant. Sur un marché où la demande dépasse l'offre et où chaque plaquette peut être vendue au prix fort aux centres de données, un fournisseur supplémentaire ajoute du volume sans avoir intérêt à casser les tarifs. Le premier kit grand public monté sur mémoire chinoise s'est aligné sur les prix des marques établies plutôt que de les sous-coter.

CXMT vise-t-elle vraiment 30 % du marché mondial ?

C'est une projection d'analyste, pas un objectif annoncé par l'entreprise. Le chiffre vient du banquier d'affaires Dan Niles et concerne la Chine dans son ensemble à l'horizon 2030. Nomura avance de son côté 18 % de part mondiale pour CXMT en 2028.


Sources : VideoCardz, Tom's Hardware, Tom's Hardware — kit Lexar, Tom's Hardware — record DDR5-8800, Tom's Hardware — sixième usine, VideoCardz — kit Lexar, China Daily — parts de marché Counterpoint.

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