La semaine dernière, j'ai revendu une carte graphique de 8 Go parce qu'elle m'empêchait de monter les réglages en 1440p. Cette semaine, j'ai découvert qu'une carte de 2026 existe en version 4 Go.
Pas un vieux stock. Pas un modèle d'occasion. Une variante 4 Go de la Radeon RX 9050, basée sur l'architecture RDNA 4.
Une précision qui compte : AMD référence officiellement la RX 9050 en 8 Go, avec un bus 128 bits. La version 4 Go passe par un fabricant partenaire, ASRock, et se trouve pour l'instant uniquement montée dans des PC prémontés. AMD n'a pas communiqué dessus.
Je pensais que ce format était mort avec la RX 6500 XT. Il revient, et il revient pour une raison qui n'a rien à voir avec les besoins des joueurs.
Mon verdict en 30 secondes
La mémoire est devenue l'un des postes de coût les plus sensibles d'une carte graphique. Quand un constructeur doit tenir un prix d'entrée de gamme dans ce contexte, il coupe là où ça pèse : la capacité et la largeur du bus. Le résultat est une carte qui porte le même nom que sa grande sœur, avec la moitié de la mémoire et la moitié du débit. Et le pire, c'est que ça n'empêchera même pas les prix de monter — un important fabricant de cartes graphiques vient d'annoncer des pénuries aggravées sur l'entrée de gamme au second semestre. Moins de mémoire, et plus cher. Si tu montes une configuration, la capacité mémoire est le premier chiffre à regarder, avant la puce.
Ce que la RX 9050 4 Go a dans le ventre
Le point important, c'est que les deux versions ne se distinguent pas par leur puissance de calcul.
Les deux variantes utilisent le même processeur Navi 44 : 16 unités de calcul, 1024 processeurs de flux, mêmes fréquences annoncées. La seule différence tient à la mémoire, et elle est double.
La capacité, d'abord : 4 Go au lieu de 8. Mais surtout le bus, qui passe de 128 à 64 bits. La bande passante tombe donc de 288 à 144 Go par seconde.
C'est cette seconde coupe qui fait mal, et elle est moins visible que la première. Quand une carte manque de mémoire, elle doit aller chercher les données ailleurs, plus lentement. Un bus deux fois plus étroit, c'est exactement le mauvais moment pour ralentir. Tu cumules le manque de place et la lenteur pour compenser.
Autre détail qui compte : cette version n'est pas vendue seule. On la trouve uniquement montée dans des PC prémontés, chez un assembleur américain pour l'instant. Un acheteur qui lit « RX 9050 » sur une fiche technique ne peut pas savoir laquelle il achète sans vérifier la capacité mémoire et la largeur du bus.
→ Voir aussi : RX 9050 : ce qu'elle vaut vraiment, et mon erreur
Pourquoi maintenant, et pas il y a deux ans
Le retour des 4 Go n'est pas une décision technique. C'est une décision comptable.
Depuis plusieurs mois, la demande des centres de données pour l'intelligence artificielle exerce une forte pression sur l'approvisionnement et les prix de la mémoire. Sur une carte haut de gamme à deux mille euros, quelques centaines d'euros de mémoire supplémentaire ne changent pas la décision d'achat. Sur une carte à deux cents euros, c'est toute la marge du produit.
Un constructeur qui veut rester présent sur l'entrée de gamme n'a donc que deux options : augmenter le prix, ou réduire la quantité de mémoire. La RX 9050 4 Go, c'est la seconde option assumée jusqu'au bout — capacité et bus réduits en même temps.
Ce mécanisme, je l'ai suivi de bout en bout dans le dossier sur la pénurie de composants. Ce qui est nouveau, c'est de le voir se matérialiser dans une fiche technique de produit fini.
Le double mouvement : moins de mémoire ET plus cher
Voilà l'élément publié cette semaine qui complète le tableau, et il est plus inquiétant que la carte elle-même.
PC Partner Group — le groupe derrière ZOTAC, Inno3D et Manli, qui fabrique par ailleurs en sous-traitance des cartes de marques AMD et Sapphire — a publié ses résultats semestriels le 14 août. Le constat est net : le marché du PC reste très difficile, les contraintes d'approvisionnement font grimper fortement le coût des composants, et la demande ralentit en conséquence.
Le passage qui concerne directement l'entrée de gamme est explicite. L'entreprise anticipe une hausse substantielle du coût des cartes graphiques au second semestre, et prévient que les cartes d'entrée de gamme devraient connaître des pénuries encore plus sévères, ce qui pourrait pousser leur prix moyen de vente encore plus haut.
Les chiffres de l'entreprise racontent la même histoire. Sur ses marques propres, les volumes vendus reculent de 18,4 % au premier semestre, tandis que le prix moyen de vente progresse de 10,7 %. Sur son activité de sous-traitance, essentiellement composée de produits AMD et Sapphire, c'est plus spectaculaire encore : les volumes s'effondrent de 38,4 % sur un an, mais le chiffre d'affaires bondit de 73,9 %, porté par un prix moyen en hausse de 181 %. Moins de cartes, beaucoup plus chères.
Un même mouvement touche les moniteurs, sur lesquels au moins un fabricant a déjà annoncé un ajustement tarifaire à venir.
Donc : le segment budget perd de la mémoire, et il coûte plus cher. Les deux en même temps.
Ce qui me fait tiquer
Il y a une voix discordante dans cette histoire, et elle mérite d'être entendue avant de conclure.
Jon Peddie, qui suit l'industrie graphique depuis environ vingt-cinq ans, doute que les volumes de cartes vendues aux particuliers soient réellement en baisse. Les chiffres qu'il a communiqués à Tom's Hardware : 9,25 millions de cartes au premier trimestre 2025, 11,82 millions au premier trimestre 2026, soit 28 % de plus en volume. Côté valeur, son suivi des points de vente passe de 6,18 à 10,85 milliards de dollars, soit 76 % de hausse.
Autrement dit, le chiffre d'affaires progresse près de trois fois plus vite que les volumes. Et l'analyste ne s'arrête pas au constat : il dit soupçonner que les fabricants de cartes profitent de la couverture médiatique consacrée à la pénurie de mémoire pour augmenter leurs prix au-delà de la hausse réelle du coût de cette mémoire.
Ma conclusion, et je la donne comme telle : le coût de la mémoire est un fait, et il explique une part réelle de ce qui se passe. Mais un secteur qui vend plus d'unités, à des prix bien plus élevés, et qui voit ses bénéfices doubler, n'est pas un secteur en détresse. La pénurie est réelle ; elle est aussi devenue une justification commode.
C'est exactement le même schéma que j'ai décrit à propos du patron de Phison et de sa prévision de quatre ans : le mécanisme tient, mais ceux qui le décrivent en tirent profit.
Ce que ça change pour ton prochain achat
Je vais être direct, parce que je viens de vivre le problème.
Ma RTX 5060 avait 8 Go. Sur un écran 27 pouces en 1440p, la démo d'Onimusha refusait purement et simplement de passer en Ultra — message explicite, mémoire insuffisante. Pas de ralentissement, pas de plantage : une porte fermée. C'est ce qui m'a décidé à en changer.
Alors quand je vois arriver des cartes 2026 avec la moitié de cette capacité et la moitié du débit, l'avertissement s'écrit tout seul.
Trois réflexes, si tu montes ou complètes une configuration dans les mois qui viennent.
À gamme équivalente, ne t'arrête plus au nom de la puce. Vérifie systématiquement la capacité mémoire, la largeur du bus et la bande passante. Deux cartes portant presque le même nom peuvent avoir des caractéristiques mémoire très différentes, et ça ne figure jamais en gros sur l'emballage.
Comprends ce que la mémoire bloque réellement. Une carte peut avoir assez de calcul pour un réglage et pas assez de mémoire pour le charger. Le manque de puissance se traduit par moins d'images par seconde ; le manque de mémoire, par une option grisée.
Méfie-toi des PC prémontés en promotion. C'est précisément là que se logent les configurations mémoire réduites, et la fiche technique mentionne rarement l'interface mémoire.
→ Voir aussi : J'ai vendu ma RTX 5060 pour une RX 9060 XT 16 Go
→ Voir aussi : Quel budget pour un PC gamer en 2026 ?
Questions fréquentes
4 Go de VRAM, c'est jouable en 2026 ?
En 1080p sur des jeux peu exigeants ou anciens, ça peut suffire. Sur des titres récents en réglages élevés, non — et le problème ne se manifeste pas seulement par une baisse d'images par seconde, mais par des options que le jeu refuse d'activer. Sur les cartes concernées, la capacité réduite s'accompagne en plus d'un bus mémoire deux fois plus étroit.
Pourquoi les constructeurs reviennent-ils à 4 Go ?
Parce que le coût de la mémoire pèse désormais beaucoup plus lourd dans l'équation économique d'une carte d'entrée de gamme, sous l'effet de la demande des centres de données pour l'intelligence artificielle. Réduire la capacité et la largeur du bus est le principal levier pour tenir un prix bas. C'est un arbitrage économique, pas un choix technique.
Comment savoir si une carte a un bus mémoire réduit ?
En consultant la fiche technique du fabricant, à la ligne « interface mémoire », exprimée en bits. Sur la RX 9050 par exemple, la version 8 Go utilise un bus 128 bits pour 288 Go/s, tandis que la version 4 Go se limite à 64 bits et 144 Go/s. Les deux portent pourtant le même nom commercial.
Les prix des cartes d'entrée de gamme vont-ils monter ?
C'est ce qu'annonce PC Partner, maison mère de ZOTAC, Inno3D et Manli, dans ses résultats du 14 août : des pénuries plus sévères sur l'entrée de gamme au second semestre 2026, susceptibles de pousser le prix moyen de vente vers le haut. Sur le premier semestre, l'entreprise a déjà vendu 18,4 % de cartes en moins à un prix moyen supérieur de 10,7 %.
Faut-il acheter une carte graphique maintenant ou attendre ?
Aucun acteur du secteur n'annonce de détente à court terme, et plusieurs prévoient l'inverse. Si tu as besoin d'une carte, l'attente risque surtout de coûter plus cher. Si ton achat peut patienter, garde en tête que les prévisions les plus alarmistes viennent de ceux qui vendent — et que selon Jon Peddie Research, les volumes de cartes vendues progressent malgré tout.
Sources : Résultats semestriels de PC Partner Group publiés le 14 août 2026, rapportés par VideoCardz et Tom's Hardware · Données de marché de Jon Peddie Research citées par Tom's Hardware · Spécifications relevées sur la fiche produit AMD (version 8 Go) et sur les modèles partenaires ASRock (version 4 Go).
