Je publie Xyrotek pour que des lecteurs arrivent sur mes pages depuis un moteur de recherche. Alors quand des documents internes d'OpenAI et de Microsoft décrivent une IA qui coupe les clics vers les sites, je les lis de près. Réponse courte : ces extraits montrent que des cadres des deux entreprises voyaient leurs produits comme des substituts aux sites d'information. Ils ne prouvent pas une violation du droit d'auteur, et le juge n'a pas encore statué sur la question centrale du fair use dans cette affaire. Voici ce qu'on sait, ce qu'on ne sait pas, et ce que ça change pour un petit site comme le mien.
Ce que contiennent les documents
Le 17 septembre 2026, une version moins caviardée d'un mémoire du New York Times a été rendue publique dans le procès que le journal mène depuis 2023 contre OpenAI et Microsoft. Le Times demande au juge un jugement sommaire : une décision sans procès sur tout ou partie du litige. Aucune décision n'a encore tranché le fond de cette affaire.
Plusieurs passages touchent directement au trafic des sites, d'après le compte rendu de TechCrunch :
- Des données internes de Microsoft, citées dans le mémoire, indiqueraient que Copilot utilisé comme moteur de réponses a fait chuter le taux de clic vers le site du New York Times jusqu'à 93 % par rapport à la recherche Bing classique.
- Une présentation de janvier 2024 signée Brent Hecht, directeur de la science appliquée chez Microsoft, décrit cette baisse comme un « doom loop » qui abîmerait à la fois les modèles et le web entier.
- Nick Turley, responsable de ChatGPT chez OpenAI, aurait écrit en interne que les éditeurs font face à une menace « existentielle », face à des produits « largement substitutifs ».
- Satya Nadella, patron de Microsoft, a reconnu en déposition que discuter avec un chatbot remplace le passage par la source d'origine.
Le raisonnement du « doom loop » tient en une boucle. L'IA apprend sur les contenus des sites, répond à leur place, les sites perdent des visites donc des revenus, ils produisent moins, et les modèles finissent par manquer de matière fraîche. Que cette boucle soit décrite de l'intérieur, par des gens qui construisent ces produits, c'est ce qui rend ces documents intéressants.
Ce que ces documents ne prouvent pas
C'est une nuance décisive pour interpréter les extraits.
Le Times sélectionne ces extraits dans son mémoire
L'essentiel des citations vient du mémoire du Times lui-même, pas des pièces d'origine. Celles-ci restent sous scellés. TechCrunch le précise noir sur blanc : les phrases sont présentées sans leur contexte. Un mémoire est un document de plaidoirie. Le Times y met ce qui sert sa thèse, c'est son rôle, et on ne sait pas ce qui entourait chaque phrase dans les documents originaux.
Une note interne n'est pas la position d'une entreprise
Microsoft a répondu à l'AFP que les propos de Brent Hecht relèvent du point de vue d'un seul employé et ne représentent pas la ligne de l'entreprise. On peut trouver la défense commode. Elle reste un fait : dans une grande entreprise, une présentation interne alarmiste ne vaut pas décision de la direction.
Le 93 % n'est pas une mesure du web
Le chiffre est un maximum (« jusqu'à »), il porte sur un seul domaine, et il compare Copilot à Bing classique. Ce n'est ni une moyenne sur l'ensemble des sites, ni une mesure de ce qui se passe sur Google. À mon sens, c'est un signal fort sur le mécanisme, pas une statistique qu'on peut appliquer à son propre site.
Il n'y a pas de jugement
Si le juge Sidney Stein accueille entièrement la demande du Times, les questions concernées seront tranchées sans procès. L'AFP n'attend pas de décision avant 2027. D'ici là, tout ce qu'on lit reste les allégations de la partie plaignante.
Ce que répondent OpenAI et Microsoft
La défense d'OpenAI repose sur le fair use, l'exception du droit américain qui autorise certains usages d'œuvres protégées sans autorisation. Selon Axios, OpenAI soutient que la loi et la jurisprudence permettent d'entraîner des modèles sur des œuvres accessibles publiquement, que les faits rapportés par un journal ne sont pas protégés par le droit d'auteur, et cite des études selon lesquelles les réponses de ChatGPT ne se substituent pas commercialement au Times. Microsoft défend une position proche pour Copilot. Précision utile : Axios indique avoir lui-même un accord de licence de contenu et de technologie avec OpenAI, qui porte principalement sur l'extension de sa couverture locale. Je n'ai pas pu consulter directement le mémoire d'OpenAI.
Deux décisions de tribunaux fédéraux californiens ont retenu le fair use, chacune dans les limites de son dossier : Bartz v. Anthropic pour les copies utilisées à l'entraînement, mais pas pour sa bibliothèque de copies piratées ; Kadrey v. Meta faute de preuves suffisantes d'un préjudice au marché. Elles ne tranchent pas l'affaire du Times. Le ministère de la Justice a aussi déposé un mémoire en leur soutien : c'est une position du gouvernement, pas une décision judiciaire.
C'est précisément là que les citations internes peuvent peser. L'un des critères du fair use regarde si l'usage nuit au marché de l'œuvre d'origine. Des phrases comme « largement substitutifs » vont dans le sens inverse de la défense, et c'est pour ça que le Times les met en avant. Je ne tranche pas la question juridique : je ne suis pas juriste, et le juge lui-même ne l'a pas encore fait.
Pourquoi ça me concerne, en France, en 2026
Le procès vise ChatGPT et Copilot, pas Google. Mais le mécanisme décrit est le même que celui dont on débat depuis l'arrivée des AI Overviews et de l'AI Mode en France, le 22 juillet 2026 : une réponse générée en haut de page, et moins de raisons de cliquer. Les données de Copilot citées dans le procès ne mesurent pas l'effet des AI Overviews de Google.
→ Voir aussi : AI Overviews en France : le web ouvert paie l'addition
Voici mes chiffres, pour être concret. Du 1er au 14 septembre 2026, la Search Console de Xyrotek affiche 87 clics pour 1 431 impressions, soit un taux de clic de 6,08 %. Ces chiffres viennent du rapport général de recherche Google. Search Console distingue aussi les impressions d'AI Overviews et d'AI Mode, mais je n'ai pas relevé leur valeur séparée pour cette période. Les chiffres ci-dessus ne permettent donc pas, à eux seuls, de mesurer leur effet sur Xyrotek.
Ce que je peux dire, c'est qu'à cette échelle, chaque clic compte. Un site installé peut voir son trafic diminuer. Pour un site jeune, le risque est de construire son audience plus lentement si les clics se font plus rares.
La tension que j'assume
Il y a une contradiction apparente dans ce que je fais, et je préfère la poser moi-même.
J'optimise mes articles pour être repris par ces IA. Réponse directe dès l'introduction, FAQ structurée, données structurées : cet article-ci suit la même recette. Et en même temps, je te dis qu'une citation dans une réponse générée ne garantit ni une visite ni un revenu.
Ce n'est pas une contradiction, c'est la situation réelle d'un petit éditeur. Refuser d'être lisible par les moteurs ne ferait revenir personne. Être cité reste la condition minimale pour exister dans ces réponses.
Les réglages des robots offrent un autre levier : Cloudflare distingue ceux qui indexent les pages, les consultent en direct ou les utilisent pour l'entraînement. Ces options concernent les sites qui utilisent son réseau et ne règlent pas la question de la rémunération.
→ Voir aussi : Cloudflare distingue enfin les robots IA : ce que les sites avec publicité doivent vérifier
Ce qui change, c'est ce que je mets dans mes articles. Une réponse générée peut résumer une définition en trois lignes. Elle résume mal un relevé de prix daté, un retour de build, ou un verdict argumenté qui assume un parti. C'est là-dessus que je mise, sans certitude que ça suffise.
Ce que j'en retiens
Les documents du procès ne tranchent rien sur le droit d'auteur. Ils confirment en revanche que le risque pour le trafic des sites n'était pas une crainte d'éditeurs aigris : il était identifié en interne, par des gens qui construisent ces produits, depuis au moins début 2024 d'après les extraits cités.
Mon verdict : lis ces extraits pour ce qu'ils sont, des arguments d'une partie, sélectionnés pour convaincre un juge. Ne les lis pas comme des aveux définitifs. Et si tu tiens un site, retiens surtout le mécanisme : une information facile à résumer peut se passer de ton site. Des données datées et un retour d'expérience peuvent apporter une valeur qu'un résumé restitue mal. C'est mon pari, pas une protection garantie pour le trafic.
FAQ
Qu'est-ce que le « doom loop » évoqué chez Microsoft ?
C'est l'expression d'une présentation interne de janvier 2024 citée dans le procès : une spirale où l'IA prive les sites de visites, donc de revenus, ce qui finit par appauvrir les contenus dont les modèles dépendent. Elle vient du mémoire du New York Times, pas d'une position officielle de Microsoft.
Ces documents prouvent-ils qu'OpenAI a violé le droit d'auteur ?
Non. Ce sont des extraits choisis par le Times dans un document de plaidoirie, présentés sans leur contexte. OpenAI invoque le fair use, et le juge n'a pas statué.
Quand le juge va-t-il trancher ?
Pas avant 2027 selon l'AFP. Le Times demande un jugement sommaire, c'est-à-dire une décision sans procès sur tout ou partie du litige. Si le juge l'accueille entièrement, les questions concernées seront tranchées sans procès.
Les AI Overviews de Google sont-ils concernés par ce procès ?
Pas directement. Le procès vise OpenAI et Microsoft, et les documents parlent de ChatGPT et Copilot. Mais le même débat sur la baisse des clics concerne les AI Overviews, déployés en France depuis le 22 juillet 2026.
